Le risque prion occupe une place à part dans la prévention des infections associées aux soins. Les agents transmissibles non conventionnels, ou ATNC, résistent à une partie des procédés de désinfection et de stérilisation habituels, et les maladies qu’ils provoquent ont une incubation très longue. Ce guide présente le risque, les grands principes des recommandations françaises et leurs conséquences concrètes pour l’organisation de la stérilisation au cabinet.
Sommaire
Comprendre le risque prion et les ATNC
Les ATNC, souvent appelés prions, sont des protéines de conformation anormale responsables d’encéphalopathies spongiformes transmissibles, dont la plus connue chez l’humain est la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Ces maladies sont rares, mais toujours mortelles, et leur incubation peut durer de nombreuses années sans aucun symptôme.
Leur particularité, du point de vue de l’hygiène, tient à trois caractéristiques. D’abord, ils résistent à de nombreux procédés qui détruisent bactéries et virus, notamment certains désinfectants chimiques et les cycles de stérilisation insuffisants. Ensuite, ils adhèrent fortement aux surfaces métalliques. Enfin, certains produits, comme les aldéhydes, les fixent sur les instruments et rendent leur élimination encore plus difficile. Le risque de transmission dépend du tissu concerné par l’acte : il est jugé plus élevé pour les tissus nerveux et certaines structures de l’œil que pour d’autres tissus.
À retenir : face aux ATNC, la stérilisation seule ne suffit pas. Le nettoyage, qui élimine physiquement les protéines, est une étape au moins aussi importante que le cycle d’autoclave.
L’instruction DGS/RI3/2011/449 : les grands principes
En France, les recommandations visant à réduire le risque de transmission des ATNC lors des actes invasifs ont été actualisées par l’instruction DGS/RI3/2011/449. Ce texte, destiné aux établissements comme aux professionnels libéraux, repose sur une logique d’évaluation du risque. Nous en résumons ici l’esprit, sans prétendre en reproduire le contenu : reportez-vous au texte officiel pour toute application précise.
- Évaluer le niveau de risque en croisant la nature de l’acte, les tissus concernés et la situation du patient au regard du risque ATNC.
- Appliquer des procédés de traitement adaptés, avec des produits et des procédés dont l’efficacité vis-à-vis des prions a été évaluée selon le protocole standard prion.
- Privilégier l’usage unique lorsque cela est possible, en particulier dans les situations à risque.
- Assurer la traçabilité des instruments et des procédés pour permettre une recherche a posteriori.
Pour les patients présentant un risque particulier ou une suspicion de maladie, l’instruction prévoit des mesures spécifiques, qui peuvent aller jusqu’à l’utilisation exclusive de matériel à usage unique ou à la mise à l’écart des instruments. Ces situations, rares en cabinet de ville, doivent être prévues dans la procédure interne.
Traitement des instruments : ce qui change
Dans la pratique quotidienne, la prise en compte du risque prion se traduit par quelques règles simples tout au long de la chaîne décrite dans notre guide sur les étapes de la stérilisation.
| Étape | Point d’attention lié aux ATNC |
|---|---|
| Pré-désinfection | Immersion rapide après l’acte, avec un produit non fixant, sans aldéhyde |
| Nettoyage | Étape essentielle : élimination physique des protéines, idéalement en laveur-désinfecteur |
| Inactivation | Produits et procédés dont l’efficacité a été évaluée vis-à-vis des prions |
| Stérilisation | Vapeur d’eau à 134 °C avec un plateau de 18 minutes |
| Instruments difficiles à nettoyer | Recours préférentiel à l’usage unique |
Évitez de laisser sécher les souillures sur les instruments : un délai trop long entre l’acte et la pré-désinfection rend le nettoyage moins efficace, ce qui est particulièrement problématique pour les protéines.

Le cycle à 134 °C pendant 18 minutes
Pour la stérilisation des instruments thermorésistants, les recommandations françaises retiennent un cycle à la vapeur d’eau à 134 °C avec un plateau de 18 minutes. Ce cycle, souvent appelé « cycle prion », est devenu le cycle standard de la plupart des cabinets pour les instruments destinés à des actes invasifs. Il nécessite un autoclave capable de le réaliser de façon fiable et un contrôle de chaque charge, comme expliqué dans notre guide sur l’autoclave classe B.
StériTrack intègre ces exigences dans la libération paramétrique : une charge n’est libérable que si la température se situe entre 134 et 138 °C, si le plateau dure au moins 18 minutes et si la pression est comprise entre 2,0 et 2,4 bar. Hors limites, seul un rejet motivé est possible. Découvrez l’assistant de cycle et la libération paramétrique.
Attention : certains instruments ne supportent pas ce cycle. Ils doivent faire l’objet d’une analyse spécifique, conformément à la notice du fabricant et aux recommandations en vigueur, voire être remplacés par du matériel à usage unique.
Le recours au matériel à usage unique
L’usage unique supprime par construction le risque de transmission par l’instrument. De nombreux praticiens le privilégient pour les instruments difficiles à nettoyer, comme certains instruments d’endodontie ou les petits instruments à lumière étroite. Le choix se fait au cas par cas, en tenant compte du risque, de la qualité du matériel disponible, du coût et de l’impact environnemental.
Un instrument à usage unique ne doit jamais être retraité, même s’il semble intact après utilisation. Il ne relève donc pas du circuit de stérilisation du cabinet, mais il reste utile, pour les dispositifs critiques, de conserver la référence du lot fabricant selon votre procédure.
Une traçabilité renforcée
En raison de l’incubation très longue des maladies à prions, un cas peut être diagnostiqué de nombreuses années après un acte invasif. Il faut alors pouvoir déterminer quels instruments ont été utilisés pour ce patient, et quels autres patients ont été traités ensuite avec les mêmes instruments. C’est précisément l’objet de la traçabilité ascendante et descendante.
Cette exigence justifie une conservation longue des enregistrements. StériTrack assure au registre une conservation longue durée, jusqu’à 20 ans (durée du dossier médical) pendant l’abonnement, avec export complet à tout moment, et associe chaque utilisation de lot à une référence de dossier anonymisée lors du scan au fauteuil. En cas d’alerte, la recherche descendante fournit en quelques secondes la liste des dossiers concernés par un lot ou un cycle, une démarche détaillée dans notre guide non-conformités et rappel de lots.
Questions fréquentes
Le risque prion concerne-t-il les cabinets dentaires ?
Le risque est considéré comme faible pour la plupart des actes dentaires, mais il n’est pas nul. Les recommandations s’appliquent aux actes invasifs, et le cycle à 134 °C pendant 18 minutes est devenu la norme en cabinet.
Un autoclave classe B suffit-il contre les prions ?
Il est nécessaire mais pas suffisant. Sans nettoyage rigoureux et sans produits non fixants, le cycle de stérilisation ne garantit pas l’élimination des ATNC.
Que faire si un patient signale un antécédent à risque ?
Appliquez les mesures prévues dans votre procédure, qui doit s’appuyer sur l’instruction DGS/RI3/2011/449. En cas de doute, sollicitez l’avis de votre ARS ou d’un référent en hygiène.
Une traçabilité de long terme, pensée pour le risque prion
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